Samedi 19 juin 1858

De Une correspondance familiale

Lettre de Caroline Duméril (épouse Mertzdorff) (Strasbourg) à sa mère Félicité (Paris)


Strasbourg 19 Juin

Nous voici arrivés depuis huit heures, ma chère mère, et je profite d'un instant pour venir te raconter notre voyage[1] qui s'est bien passé. J'ai eu encore le cœur fort gros comme tu le penses et cela a duré quelque temps mais Charles a été si bon, si charmant, a su si bien me faire comprendre ce que nous promettait de bonheur la vie que nous allons commencer que je t'avoue que la joie m'est rentrée dans l'âme et que je suis vraiment aussi heureuse que possible maintenant, tout en faisant la part bien entendu, de ce qui est inévitablement pénible dans une séparation. La nuit a été pénible pour maman[2], Emilie et Charles mais Georges et moi, surtout moi, avons trouvé le sommeil parfaitement et j'étais même honteuse de mon engourdissement qui a duré jusqu'à Strasbourg, j'étais bien blottie et étendue sur ma banquette, aussi me croyais-je presque au lit et ne suis guère fatiguée ce matin.

A notre arrivée, je me suis habillée, nous avons déjeuné, puis nous avons fait une promenade dans la ville et avons visité la cathédrale qui m'a bien frappée, c'est vraiment un monument magnifique et une église comme je les comprends avec la sévérité et la majesté qu'il faut là où on vient adorer Dieu. Nous allons rester encore environ une heure 1/2 à l'hôtel et reprendre notre route pour Vieux-Thann où nous serons à 6 heures.

Le temps me presse adieu mes chers et bons parents, recevez mes meilleurs embrassements avec ceux de Charles et dites-vous pour adoucir votre isolement que j'ai un mari aussi bon, aussi délicat, aussi sensible que j'aurais pu jamais en rêver un et que votre fille est une heureuse et sera toujours une heureuse femme

Votre fille bien affectionnée

Caroline Mertzdorff


Notes

  1. Caroline Duméril et Charles Mertzdorff viennent de se marier à Paris (14/15 juin). Après être allés à Fontainebleau, ils sont partis le 18 pour l'Alsace.
  2. Le jeune couple voyage avec la famille de Charles Mertzdorff : Marie Anne Heuchel, sa mère, veuve ; Emilie Mertzdorff, sa sœur, veuve de Prosper Leclerc ; Georges Heuchel, son oncle (plutôt que Georges Léon Heuchel, appelé Georges comme son père, et qui n’assistait pas au repas de noce).

Notice bibliographique

D’après la copie contenue dans la lettre du 21 juin 1858

Pour citer cette page

« Samedi 19 juin 1858. Lettre de Caroline Duméril (épouse Mertzdorff) (Strasbourg) à sa mère Félicité (Paris) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Samedi_19_juin_1858&oldid=35414 (accédée le 20 août 2022).

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