Mercredi 9 mars 1842 (B)

De Une correspondance familiale

Lettre d’Auguste Duméril (Paris) à ses oncle et tante Auguste Duméril l’aîné et Alexandrine Cumont (Lille)

lettre du 9 mars 1842 (B), recopiée livre 6, page 99.jpg lettre du 9 mars 1842 (B), recopiée livre 6, page 100.jpg lettre du 9 mars 1842 (B), recopiée livre 6, page 101.jpg


D’André Auguste Duméril

Paris 9 Mars 1842.

Mon cher oncle et ma chère tante,

La lettre que vous écrit Constant[1] vous apprend comment, me sachant, depuis près d’une année, très fortement occupé de votre fille Eugénie, qui, par les qualités de son cœur et de son esprit, m’a inspiré le plus vif attachement, il a cru devoir me faire part de la demande en mariage, si pressante, qui lui a été faite dernièrement[2]. Cette lettre vous dit aussi toutes les incertitudes par lesquelles j’ai passé, avant de savoir si je devais me livrer à la carrière de la pratique de la médecine d’abord, mais en ayant toujours en vue la chirurgie, ou si, au contraire, je devais tenter de parcourir, comme mon père[3], la carrière des sciences, dans laquelle il a jeté tant d’éclat, tout en reconnaissant la présomption qu’il y aurait à me croire capable d’arriver aussi haut que lui. Tous les avantages et tous les inconvénients que peuvent présenter l’une ou l’autre carrière bien pesés, j’ai pris la résolution de m’occuper exclusivement d’anatomie, physiologie comparée, et de zoologie, à partir de Pâques, époque à laquelle je serai reçu docteur.

Cette décision me permet de rester sous le toit paternel, où je me trouve heureux, mais où je le serais bien plus encore, si j’avais la perspective de pouvoir y voir un jour Eugénie, comme ma compagne. Quant à présent, je le sais parfaitement, je ne suis point encore en position de me marier, mais j’ai l’espoir, avec mon travail et avec les protections que ne manquera pas de me procurer le nom si honoré de mon père, de pouvoir, dans un certain espace de temps, qu’il est bien difficile de déterminer à l’avance, penser à contracter une union qui ferait non seulement mon bonheur, mais celui de mes parents, si heureux et si flattés d’avoir auprès d’eux une telle belle-fille. Encouragé par l’espoir de voir couronner par ce mariage les efforts que je ferais pour m’en rendre digne, je hâterais, autant que possible, le moment où il pourrait avoir lieu, si j’étais assez heureux pour avoir pu trouver, dans le cœur d’Eugénie, quelque sympathie pour moi.

L’affection que vous voulez bien me porter, et dont j’ai déjà reçu tant de preuves, et celle que je vous ai vouée depuis mon enfance, me feraient attacher le plus haut prix à ces nouveaux liens qui resserreraient encore nos deux familles, déjà si unies.

Tout ce que je viens de vous dire, mon cher oncle et ma chère tante, vous fait assez comprendre combien je m’estimerais heureux, si je recevais de vous la précieuse autorisation de demander à Eugénie elle-même, si je puis espérer qu’elle voudra bien combler mon vœu le plus ardent.

Recevez, mon cher oncle et ma chère tante, la nouvelle expression de la sincère et respectueuse affection de votre tout dévoué neveu.


Notes

  1. Louis Daniel Constant Duméril, frère d’Auguste.
  2. Voir la lettre précédente, qui fait allusion à cette autre demande en mariage.
  3. André Marie Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après le livre de copies : lettres de Monsieur Auguste Duméril, 1er volume, « Lettres relatives à notre mariage », p. 99-101

Pour citer cette page

« Mercredi 9 mars 1842 (B). Lettre d’Auguste Duméril (Paris) à ses oncle et tante Auguste Duméril l’aîné et Alexandrine Cumont (Lille) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Mercredi_9_mars_1842_(B)&oldid=35263 (accédée le 16 août 2022).

D'autres formats de citation sont disponibles sur la page page dédiée.