Jeudi 2 février 1815

De Une correspondance familiale


Lettre de Louis Benoît Guersant (Paris) à son ami Pierre Bretonneau (Chenonceaux)


2 février 1815.

Malgré mon insigne paresse, je ne puis, mon cher ami, résister au plaisir de vous écrire au moins deux mots par l’occasion de M. Dromery[1] neveu, qui part avec sa femme et son enfant pour aller visiter son oncle.

Comment vous portez-vous ainsi que tout ce qui vous intéresse ? votre mère[2], votre épouse[3] ? J’ai eu de vos nouvelles indirectement en vous envoyant le quinquina que j’ai remis moi-même à M. de Villeneuve ; mais pourquoi diable me l’avez-vous envoyé payer ? je vous redois toujours huit francs ; comment voulez-vous que je vous les fasse parvenir ? ou que voulez-vous que je vous achète pour cette somme ?

Je n’ai point donné l’ouvrage d’Euler[4] à la personne à laquelle vous prétendiez en faire cadeau, parce qu’on ne le trouve plus. Nous avons ici souvent parlé de vous avec Duméril[5], ma femme, Savigny et tous ceux qui vous connaissent. Pourquoi ne nous écrivez-vous pas ? et comment se fait-il qu’aucun de nous ne vous ait écrit depuis un siècle ? Je n’en sais ma foi rien ; je m’accuse, je vous accuse, nous nous accusons, et les jours s’écoulent sans qu’on jouisse seulement du plaisir de se communiquer une seule idée.

Mais soyez tranquille, si les Cosaques dans leur transport de joie mettent le feu aux quatre coins de Paris et que je ne sois point grillé, rôti ou bouilli avec toute ma famille, je suis déterminé à faire une irruption en Touraine, et j’irai m’installer chez vous : c’est alors que nous bavarderons du matin au soir ; priez pourtant le ciel, mon cher ami, que cela n’ait pas lieu, et venez plutôt au printemps nous visiter un peu quand nous serons plus tranquilles. Amen, amen.

Pressé par le temps, je vous embrasse de cœur et vous renouvelle l’assurance de la plus sincère amitié.

P.S. Mes compliments à Mme Bretonneau, mille choses honnêtes de la part de ma femme.


Notes

  1. M. Dromery est un voisin de Bretonneau, Pierre (1778-1862) et ses prochesBretonneau]] en Touraine.
  2. Elisabeth Lecomte, veuve de Pierre Bretonneau, Pierre (1778-1862) et ses prochesBretonneau]] (père).
  3. Marie Thérèse Adam.
  4. Leonhard Euler, mathématicien suisse (1707-1783), auteur de nombreux ouvrages sur les mathématiques et l’astronomie.
  5. André Marie Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après Triaire, Paul, Bretonneau et ses correspondants, Paris, Félix Alcan, 1892, volume I, p. 258-259. Cet ouvrage est numérisé par la Bibliothèque inter-universitaire de médecine (Paris)

Pour citer cette page

« Jeudi 2 février 1815. Lettre de Louis Benoît Guersant (Paris) à son ami Pierre Bretonneau (Chenonceaux) », Une correspondance familiale (C. Dauphin et D. Poublan eds.), https://lettresfamiliales.ehess.fr/w/index.php?title=Jeudi_2_f%C3%A9vrier_1815&oldid=43165 (accédée le 14 août 2022).

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